Paul est français. La soixantaine, il habite Damas depuis 2 ans. Il a souhaité rester en Syrie malgré les évènements. C’était l’un de mes plus fidèles amis quand j’habitais encore là-bas. Voici le témoignage qu’il m’a envoyé le 24 juin 2011.
Manifestation de soutien à la Syrie (19/06/11 – Paris) Show of support to Syria
Aux alentours de 200 personnes s’étaient réunies en face du mur de la paix à Paris le 19 juin 2011. Syriens ou non, ils étaient tous présents afin de dénoncer les crimes du président syrien Bachar Al Assad et la répression contre les manifestants. Ils demandaient également l’obtention rapide de toutes les libertés réclamées par le peuple syrien et des actions immédiates de la part du gouvernement. Voici quelques unes de mes photos prises sur place.
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About 200 people gathered in front of the wall for peace in Paris last sunday the 19th of june 2011. Syrians or not, they all were demonstrating against the crimes committed by the syrian president Bachar Al Assad and reporting the hard repression against the demonstrators. They also were claiming for more freedom for the syrian people and immediate decisions and actions from the government. Here are some of my pictures.
Lettre d’un révolté syrien à l’attention de l’Occident – Letter from a syrian demonstrator to the western world
Témoignage depuis Damas – From Damascus
Original version of the letter in english
First of all, it’s not my real identity, because I am Syrian. And Syrian people nowadays are not able to write or speak freely with their real own identity for the medias, so call me Basel.
I am a young syrian guy, I’m 26 years old and as any syrian who has always wanted to live freely without any fear from dictator, when the changes in the Arabic world started, I began to protest with my friends in front of many embassies in Damascus (Tunis ,Egypt, Libya). It was to support our brave brothers in the other arab countries, with some jealousy feeling they were about to get their freedom soon. At the same time I was imagining this day in Syria. Then when my people decided to leave their silence, I had them to release ourselves and get our freedom. I have joined the first protest in Damascus on the 15th of march 2011 and continued every day after. But the result is that a lot of people from my family and friends have been arrested by security forces with horrible treatment. They didn’t make any difference between men or women, old or young, they were hitting us with wood and steel cudgel and electricity stick until falling down. In the beginning I was thankfull to them because they didn’t kill us, but nowadays I see a lot of people are shooting every day and most of the cities in Syria are surrounded by military and security forces, with a big silence from the rest of the world. Recently the foreign countries did some very late commercial punishment on this bloody regime and its president ( Basher Alassad), but actually as syrian people we didn’t expect more from the western governments who talk a lot about humanity, democracy and freedom but in the real facts they are just interested in their commercial and politic benefits in the Middle-East. We know that we are on the right side and for sure we will win in the end. And I hope all the people in the west stand up with us by joining the syrian protesters abroad and will push on their governments to help our people and make this president lose the international legitimacy.
I hope I will survive to finally feel and experience freedom and the power to the people.
Basel.
(letter sent on June 10th 2011)
Traduction en français
Premièrement, je tiens à préciser que cela n’est pas ma vraie identité, parce que je suis syrien et que les syriens en ce moment ne peuvent pas écrire ou parler librement en révélant qu’il ils sont. Mon nom d’emprunt sera donc Basel.
Je suis un jeune homme syrien, âgé de 26 ans, et comme tout syrien qui a toujours voulu vivre librement et sans peur d’un dictateur, quand les choses ont commencé à changer dans les autres pays arabes, je suis allé manifester devant plusieurs ambassades à Damas (celles de Tunisie, d’Egypte, de Libye). C’était pour soutenir nos frères courageux de ces autres pays arabes, avec de la jalousie en pensant au fait qu’ils allaient enfin obtenir leurs libertés. Je m’imaginais la même chose pour la Syrie. Puis enfin le peuple syrien a décidé de rompre le silence, et je les ai rejoint pour enfin accéder à notre liberté. J’ai participé à la première manifestation à Damas le 15 mars 2011, et j’ai continué chaque jour qui a suivi. Beaucoup de gens de ma famille et de mes amis ont été arrêtés par les forces de sécurités et traités horriblement mal. Ils ne font pas de différence entre les hommes et les femmes, les jeunes et les plus vieux, ils nous frappaient avec des gourdins de bois, des barres de fer et des bâtons électrifiés jusqu’à ce que nous tombions par terre. Au début je les remerciais de ne pas nous avoir tués, mais désormais je vois des fusillades tous les jours. La plupart des villes syriennes sont envahies par l’armée et les forces de sécurité, et cela sans un mot de la part du reste du monde. Récemment certains pays étrangers ont puni commercialement le régime sanglant syrien et son président Bashar Al Assad, mais trop tardivement. En tant que syriens nous ne nous attendions de toute façon pas à plus de la part des gouvernements occidentaux qui parlent beaucoup d’humanité, de démocratie et de liberté, mais qui dans les faits ne sont uniquement intéressés que par leurs intérêts commerciaux et politiques au Moyen-Orient. Nous savons que nous sommes sur le droit chemin et que nous gagnerons à la fin. J’espère que tous les gens en Occident se joindront aux manifestants syriens vivants à l’étranger et qu’ils feront pression sur leurs gouvernements pour aider mon peuple et faire en sorte que ce président perde toute légitimité à l’international.
J’espère que je survivrai pour enfin savoir ce qu’est la liberté et le pouvoir au peuple.
Basel
(lettre reçue le 10 juin 2011)
Bienvenue sur Syrie Online
Depuis le 15 mars 2011, la Syrie est le théâtre de révoltes sans précédents. Encouragés par les révolutions tunisiennes et égyptiennes, et bien que l’histoire de ces différents pays ne soit pas comparable, des syriens ont à leur tour décidé d’élever la voix contre le régime de Bachar Al Assad. Un président qui tient d’une main de fer son pays, considéré comme l’un des états les plus policiers au monde. Le mouvement de contestation syrien est progressif, mais rallie pourtant aujourd’hui de fervents soutiens du régime, qui face à la répression sanglante ont ouvert les yeux sur le clan au pouvoir depuis 41 ans.
Malgré les promesses faites par le président syrien et les menaces de différentes organisations internationales et de l’ONU, la situation en Syrie s’empire de jours en jours.
Comme me disait un ami syrien vivant à Damas il y a quelques jours: “Nous ne pouvons plus faire marche arrière. Les opposants ne lâcheront rien, et le gouvernement est allé trop loin pour que le peuple puisse oublier. La Syrie ne sera jamais plus la même”. L’avenir du peuple syrien se joue donc à huit-clos et notre devoir est de relayer tant bien que mal les voix qui nous parviennent de Syrie, afin d’être mieux éclairés sur ce qu’il se passe sur place.
Ce blog n’a aucune revendication, ni aucun autre but que de relayer et donner la parole. La parole aux syriens restés sur place, qu’ils soient opposants ou qu’ils soutiennent le gouvernement. La parole aux syriens exilés, pour qu’ils puissent témoigner et expliquer. La parole aux expatriés, qui ont vécus ou qui vivent toujours en Syrie, afin de confronter les points de vue. Enfin la parole aux amoureux de ce pays, à qui cela fait mal d’être impuissants face à cette situation autant complexe que porteuse d’enjeux majeurs.
N’hésitez pas à me contacter pour collaborer à ce site. Ecrire, témoigner, dénoncer, approuver, hésiter, vous y êtes les bienvenus.
Relayons les témoignages et confrontons nos histoires. La Syrie ne mérite pas que nous nous taisons.
(Légende de la photo: j’ai pris cette photo en Mars 2010, à Arwad, seule et unique île syrienne, au large de la ville de Tartous. Des gamins syriens s’étaient assis sur des rochers et y discutaient tout en comptant le nombre de méduses qu’ils voyaient dans la mer. C’est aussi pour ces gamins là qu’il faut parler et ne pas laisser tomber la Syrie.)











